Je suis une sauvage. Ça pourrait en effrayer plus d'un, mais ça ne fait peur à personne. Est ce que j'ai l'air faible derrière mon sourire? Est ce que ça se voit que je pleure dans le noir? Je mords dans le temps, je déchiquète toutes les secondes qui passent, pour qu'elles soient habitées par ma présence. Je mets une ombre sur leur passage entre les minutes. Je vais vite, je suis impatiente. J'aime que tout aille vite. Alors je prend des trains. Pour voyager, pour m'enfuir. Toujours seule. C'est le seul moyen pour moi, de m'abandonner, me libérer du temps qui m'enlace, et me traine vers la mauvaise voie.
Encore un nouveau départ. Un nouveau train qui part. Je m'enivre de la brise qui m'effleure. Je m'imprègne une dernière fois de ce parfum. Et je cours. Cours vers l'avenir, vers les pas qu'on fait, plus grand et déformés, juste pour avancer. Vite, très vite. Pour ne plus avoir peur. J'en ai mal au c½ur, d'aller si vite. Alors parfois, je reviens sur mes pas. J'accepte que le temps me passe dessus. J'accepte de me ressasser les souvenirs lointains, qui font mal, qui font couler des larmes, qui perce le c½ur. Puis un jour, je me suis retrouvée dans ses bras, et j'étais bien. Tellement bien. Tellement mieux. Je souriais quand il riait. Je riais quand il me regardait. Je me suis même pas demandé, pourquoi moi? Le destin avait choisi. Nous avait choisi.
Les départs me donnaient de l'espoir. Parfois, je faisais semblant de partir, pour voir l'effet que ça faisait de revenir, de se sentir aimée. De se sentir vivante. Mais sur le quai, jamais personne ne m'attendais. Éternelle solitude. Je vis de ça. Je n'ai personne. En fait, je fuis l'humanité, les contacts, les regards figés. J'ai peur qu'ils me découvrent, qu'ils me cernent. Qu'ils prouvent que j'ai mal au fond. Qu'ils veuillent m'aider. J'ai peur qu'ils s'enfuient eux aussi, parce que je leur fait peur, avec toute cette détresse en moi. Pourtant, lui a été là. Pour m'aider à remonter la pente, pour me rattraper quand je suis tombé d'amour pour lui. Pour penser à moi. Maintenant, je veux effacer les souvenirs que je n'ai pas réussie à chasser de mon esprit. Même avec les voyages, les départs, et les heures qui s'acharnent à passer. Je nettoie tout. Les épreuves, les drames. Mais aussi la table de nuit, les assiettes et la télévision. J'ai trop peur que les souvenirs se pointent et viennent s'agripper à tout ce qui fait que je suis en vie. J'ai encore envie de fuir, déguerpir, partir, tout quitter. Abandonner. Mais il est toujours là, pour me rattraper, sa main autour de mon bras, qui me serre, me serre et me promets, qu'elle ne me quittera jamais. J'aime ça. J'apprends à vivre aujourd'hui, sans me préoccuper de l'heure, du temps, de l'avenir. Juste de l'instant. Et j'existe, je suis vivante. Je le vois dans ses yeux. C'est ce qui fait battre mon c½ur.