-Pardon Lucas. Pardon...
Il n'y arrive pas, il n'arrive pas à aligner deux mots. Il bafouille.
-Je m'en veux tellement! Mon bébé, mon tout petit bébé, je t'ai laissé te faire dévorer par le soleil, mourir dans la douleur, succomber dans les larmes. Je.. Je ne vaux pas ma place sur terre, je vais m'en aller, oui, te rejoindre...
Je ne suis rien sans toi après tout, je n'étais qu'un père. Grâce à tes grands yeux bleus et tes boucles blondes, grâce à ton air que tu avais de me regarder, ton regard qui disait je t'aime, sans pudeur. Oui, je suis devenue le meilleur des papas, ton papa. Je t'ai fabriqué un petit coeur d'homme moi. Comme je t'admirais mon garçon, ton air innocent qui faisait craquer les filles, tes mains toutes douces que tu serrais très fort quand tu avais peur. Et tes petits mots que tu lâchais dans un sourire, des mots simples, banals, mais qui mélangés à ta voix résonnaient comme des poèmes. L'homme au fond de moi s'est évaporé, tout au fond de moi, l'infidèle, le mari volage... Non, je ne suis plus cet adorable salop dans lequel ta maman aimait se perdre, je n'étais plus moi-même. Ton visage d'ange m'a ensorcelé.
Mais aujourd'hui, Lucas, tu dois me voir de là haut, et tu ne dois plus entortiller tes doigts à ceux des autres petites âmes, tu ne dois plus poser tes lèvres avec amour sur tout ce que tu découvres. Tu as du appelé à l'aide... Crier si fort, en vain. Pleurer, pleurer pour qu'on t'entende, vienne te chercher en courant. Ton âme avant de prendre le large a du se démanteler, tout comme ton amour d'enfant pour moi, tout comme ta joie...
Il éclate en sanglots, il s'arrête un instant de parler, il as du mal à continuer à respirer, un bout de lui est si loin... Il regarde le ciel, son regard brun est sévère, dur, glacé.
- Je vais te rejoindre mon bébé, tu es trop fragile pour affronter le monde tout seul, même celui des morts, trop petit pour vivre entre deux nuages. Attends moi, j'arrive, tu pourras bientôt te blottir contre moi si tu as trop peur.
Il prend un couteau dans un tiroir, et d'un geste élancée, l'appuie violemment contre son coeur qui tapote contre ses côtes. Un cri l'arrête...
- Non, Simon! Ne fais pas ça, ne fais pas ça mon amour! J'ai perdu un enfant, je ne survivrai pas sans un homme dans lequel me jeter pour faire jaillir mes larmes, sans une voix pour apaiser mes cauchemars. Je n'y arriverai pas sans toi. Moi, tu sais, je suis une toute petite femme, je n'ai pas ton courage, je n'ai pas ta force. Je ne pourrai jamais traverser l'autre monde sachant que le temps passe encore ailleurs. Le temps moi, je voudrai le manger, le dévorer, sauter sauvagement sur chaque seconde. Notre petit Lucas s'en est allé, mais nous sommes là, encore, il y a notre amour, notre désir, nos baisers, encore. La douleur s'estompera tu sais, l'amour guérit toutes les blessures, soigne tous les maux. On ne l'oubliera jamais notre bébé ange, mais à deux, on y arrivera. Avec ta force et ma sagesse, on continuera à avancer, à s'accrocher à la vie comme des effrontés. En titubant d'abord, et puis on prendra nos marques, on suivra notre chemin. Ce n'est qu'une épreuve à enjamber, elle nous suivra comme une feuille collé à nos talons en Automne, mais avec une brise, tout se défroissera, elle s'en ira. Il faut que tu me fasses confiance Simon. Nous allons vaincre cette douleur qui nous ronge. Il faut seulement croire en l'amour.
Elle sèche les larmes qui commencent à couler.
-Il reste les souvenirs, les photos, sa voix sur cette petite bande de mon téléphone, son rire dans la vidéo de maman. Et ses vêtements qui sentent encore son odeur. Oui, je sais, des traces seulement, pas grand chose, mais cela suffit pour le garder en nous, toujours. N'aie pas peur, nous n'oublierons jamais, mais nous ferons avec. Simon, je t'aime, je l'aime. C'est lâche Simon, lâche de l'abandonner. De l'autre côté, tout sera sombre, sans vie, il ne restera rien de nos souvenirs, rien qui nous retient à lui, néant. Nous ne pouvons rompre le dernier fil qui nous lie à cette petite âme que l'on a construit, cet enfant fait d'amour, de notre amour. Aime moi Simon, tu verras, il sera là, encore.
(le photocopiage tue le blog)


![Ton mascara coule (revisité?). [Sujet de galerie textuelle] (Lucie L. ©)](http://0b.img.v4.skyrock.net/0bb/l0uy/pics/2741378364_small_1.jpg)

