-Non. Enfin oui, mais ne t'en fait pas ce n'est pas grave. Juste assez longtemps pour t'imaginer. Me souvenir de chacune des lignes au creux de tes mains, de l'odeur de ton souffle sur mon visage, de la quantité de vert et de bleus dans tes yeux, et de ton accent furtif sur la première syllabe de "Bonjour". Juste le temps de me poser des questions, sur nous, sur ce rendez-vous. Assise à ma table, une heure durant, je m'imaginais tes intentions. Non, non, tu n'es pas si en retard, ne inquiète pas, j'ai simplement préférée arriver plus tôt, pour ne pas te manquer. Te manquer si finalement... tu changeais d'avis. Je suis conne pardonne moi... J'ai donc songé à la façon inhabituelle que tu as de me regarder -pas comme tous les autres, aux souvenirs qu'on avait déjà en commun. Tu en trouves toi? ... Et notre première rencontre. Tu te souviens? Tu sais cette journée dans le parc, le 13 Octobre. Non non, pas avant, je me souviens: c'était juste après une averse, j'avais mis ma robe noire et mes collants bleu électrique, et tu avais d'abord regardé mes jambes, et le bout de mes chaussures, humides et abimés. J'avais l'air d'avoir pleuré, j'en avais joué. Plus tard, tu ne m'en a pas voulu, et c'est peut être ce qui a fait que je suis tombé amoureuse de toi. Tu ne m'en as jamais voulu. Mes conneries, ma jalousie, mes yeux pas maquillées, mon lunatisme, mes cigarettes. Tu t'en foutais. Tu m'avais déjà pour toi, et moi, c'était aussi mes défauts. Tu... Je... Je sais même plus pourquoi. Sans doute qu'on se lasse d'aimer comme de tout, comme on se lasse des séries TV au bout de dix saisons, comme on se lasse du discours de ses voisins sur la politique, comme on se lasse de vivre. Aimer et vivre. Ca va ensemble. Sans vivre on meurt et sans personne à aimer on ne vit plus, on suffoque, on s'étrangle, on se meurt. Tu m'as fait attendre assez, pour songer à tout ça. Ca, la vie, ça l'amour, ça les souvenirs, l'automne, les voisins un peu chiants, les bords de mers, les averses d'hiver, ou la nuit. Mais, c'est bête et bête pour toi, Mathieu, tu m'as pas fait attendre, assez longtemps pour m'enfuir .T'es arrivé là trop tôt, et t'étais bien plus beau que dans mon vague souvenir innocent. Ca recommence, j'ai les mains moites et le coeur serré devant mon verre de menthe et ton reflet. On va parlez un instant, trop court, trop vite. Parce que tu l'auras voulu. Et tu t'en iras, encore, ça fini toujours comme ça. Tu essuieras mes larmes avec ton mouchoir. Tu embrasseras mon nez, mon front, mes yeux gonflés. Et tu claqueras la porte, tu courras la rejoindre, elle, ton bonheur, ta vie. Ton âme, ton sang, ton présent. Encore une fois je t'aurai manqué, même en arrivant à l'heure. Alors non, tu es en retard mais c'est comme à chaque fois, au fond, je le suis plus que toi, c'est ainsi, tu t'échappes toujours finalement, comme le présent. . Et moi, je suis ton passé, tes souvenirs à effacer. Je t'ai encore raté. "
...Pourtant, je t'aime, mais c'est pas assez.




